ECHANGE INTERNATIONAL ET DEVELOPPEMENT

 

Le libre-échange semble aujourd’hui la norme de fonctionnement de l’économie mondiale. La libre circulation des marchandises, la baisse des droits de douanes et des barrières non tarifaires sont les objectifs des négociations commerciales multilatérales. Pourtant, le libre-échange suscite des inquiétudes et des méfiances : méfiance à l’égard des relations Europe / Etats-Unis / Japon, inquiétude du fait de la concurrence des pays à bas salaires.

Depuis la naissance de l’économie politique, certains auteurs soulignent que le protectionnisme est source d’avantages pour les producteurs et réduit la satisfaction des consommateurs. D’autres économistes cependant expriment des doutes à l’égard des bienfaits du libre-échange, ils insistent notamment sur le fait que le libre-échange peut créer ou amplifier les inégalités entre les nations. Les principaux arguments avancés dès le XVIIIe siècle par les fondateurs de l’économie politique et notamment par D.Ricardo restent très éclairants pour interpréter la situation actuelle de l’économie mondiale.

 

 

I ) L’ANALYSE DE RICARDO : LA THEORIE DES AVANTAGES COMPARATIFS :

 

A) L’INSPIRATION D’ADAM SMITH :

 

Adam Smith dénonce l’existence des colonies et des monopoles qui obtiennent l’instauration de droits de douane ou la prohibition de certaines exportations. Pour Smith, il faut laisser circuler librement les marchandises et chaque pays doit se spécialiser dans la production des biens pour lesquels il dispose d’un avantage absolu, c’est-à-dire les atouts les plus grands. Chaque pays se spécialise dans la production du bien pour laquelle il a le plus grand avantage, ses coûts de production étant les plus bas par rapport à ses concurrents.

Ricardo va étendre considérablement le champ du libre-échange en relativisant l’analyse de Smith. Pour Ricardo, un pays a intérêt à se spécialiser non pas dans le domaine où il est le meilleur dans l’absolu, mais là où il est relativement le meilleur ou le moins mauvais. Une spécialisation absolue limiterait considérablement les échanges car les pays les plus développés monopoliseraient la production de marchandises du fait d’un coût de production faible et d’autres verraient au contraire leur activité réduite à néant. Le message de Ricardo est positif quant au libre-échange : selon lui, tous les pays peuvent gagner à échanger des marchandises dès lors qu’ils se spécialisent dans la production du bien pour laquelle ils disposent du plus grand avantage ou du moins grand désavantage. Il s’agit de la théorie des avantages comparatifs.

 

B ) DES HYPOTHESES RESTRICTIVES :

 

La théorie de Ricardo repose sur plusieurs hypothèses fondamentales :

-          L’immobilité des facteurs de production :

·         immobilité du facteur travail : Ricardo n’envisage pas que les hommes puissent s’expatrier en masse pour aller travailler là où il y aurait de l’emploi.

·         immobilité du facteur capital : les entrepreneurs répugnent à aller se placer sous une tutelle étrangère, même pour bénéficier de profits plus élevés.

·         Il considère que les agents économiques ont une aversion pour le risque que représente un investissement à l’étranger et qu’ils sont par ailleurs attachés à leur pays.

-          Hypothèse de concurrence pure et parfaite.

-          Des technologies différenciées.

-          Des pays de taille identique.

-          L’accroissement du volume de la production n’entraîne pas une baisse des coûts de production : il n’y a pas d’économies d’échelle. Les rendements sont constants.

 

 

 

C ) UNE APOLOGIE DE LA SPECIALISATION :

 

Les avantages comparatifs représentent avant tout une prescription pour que le travail soit utilisé le plus efficacement possible. Quelle que soit la productivité d’ensemble d’un pays, il aura avantage à se spécialiser dans ses points forts ( ou dans ceux où ses désavantages sont les plus faibles).

En se spécialisant, chaque pays abandonne la production de biens pour laquelle il est relativement moins avantagé ou désavantagé. Il utilise alos ses facteurs de production (travail, capiatal, terre) disponibles pour produire le bien pour lequel il dispose d’ un avantage relatif. Du coup, ses facteurs de production sont affectés aux activités les plus productives : il y a une allocation optimale des ressources.

La spécialisation permet aussi à chaque nation d’obtenir une plus grande quantité et une plus grande variété de biens à bas prix. Cette abondance de marchandises et leur bas prix stimulent la hausse du pouvoir d’achat des consommateurs. Le niveau de production obtenu est plus élevé dans une situation de libre-échange qu’en autarcie (allocation optimale des ressources).

A l’échelle mondiale, la spécialisation permet d’économiser du travail et du capital qui pourront être consacrés à l’accroissement général des richesses. En outre, la baisse des prix des biens liée à l’accès à des prix moins élevés de biens de consommation courante importés de l’étranger grâce à l’ouverture au commerce international, permet de réduire les salaires nominaux versés aux travailleurs, ce qui accroît le profit des entreprises.

Sous un angle politique, Ricardo voit dans le commerce international un moyen de rapprocher les peuples : c’est donc un instrument de pacification.

 

 

C ) LA LUTTE CONTRE LES PROHIBITIONS :

 

Ricardo a milité au début du XIXe siècle pour l’abrogation des Corn Law, les lois anglaises imposant des droits de douanes sur l’importation de blé. Selon lui, ces lois étaient une entrave à la prospérité de l’industrie puisqu’en limitant les importations de céréales, elles en limitaient les profits. En effet, ceux-ci sont déterminés par le niveau des salaires qui lui-même est indexé sur le cours des céréales. Ainsi, la flambée du cours du blé se répercutait sur les salaires, diminuant ainsi les profits. En conséquence, seule une réduction du prix des denrées peut permettre une réduction des salaires et donc une augmentation des profits. L’importation de blé aurait permis de restaurer les profits. Les Corn Laws sont finalement abolies en 1846.

 

 

ð      Le libre-échange est pour Ricardo favorable à tous les pays. En ce spécialisant, un pays utilise plus efficacement ses facteurs de production ( allocation optimale des ressources ). La libre circulation des marchandises permet de se procurer à meilleur compte les biens de consommation des salariés ( baisse des prix ), donc de baisser les salaires et d’accroître les profits.

 

 

 

 

 

II ) CRITIQUES DE RICARDO ET PROLONGEMENTS CONTEMPORAINS :

 

A ) LES CRITIQUES DU LIBRE-ECHANGE :

 

a)      Une thèse protectionniste :

 

Dès le XIXe siècle, certains auteurs comme F.List ont défendu les politiques de protectionnisme éducatif. List dénonce les campagnes en faveur du libre-échange qui favorisent lq domination de la Grande-Bretagne. Pour List, il est nécessaire de protéger les industries dans l’enfance car le libre-échange n’est bénéfique que lorsqu’il se pratique entre pays ayant atteint le même niveau de développement. Ce protectionnisme doit être temporaire.

 

b)      L’approche marxiste :

 

Dans son Discours sur le libre-échange, Marx explique aux ouvriers anglais qu’ils ne doivent pas se laisser abuser par les discours des partisans du libre-échange. Ces derniers prétendent défendre les intérêts des ouvriers, mais ils ne défendent que ceux du capital. Marx se prononce cependant en faveur du libre-échange, car le protectionnisme est conservateur alors que le libre-échange, en favorisant le développement du capitalisme, prépare les conditions de  la révolution.

 

c)      Le libre-échange ne profiterait pas à tous de la même façon : une critique contemporaine.

 

Dans une perspective plus contemporaine, certains auteurs soulignent que le commerce international fait naître des rapports de domination. Pour F.Perroux, la domination ne résulte pas d’un processus délibéré mais résulte des inégalités des forces productives entre pays. Les pays dominants disposant d’un appareil productif développé, spécialisés dans des biens à forts gains de productivité et dans des secteurs à forte croissance de la demande, acquièrent rapidement une position-clé sur le marché au détriment des autres. De plus les prix évoluent souvent de façon favorable aux nations dominantes qui voient leurs termes de l’échange s’améliorer au détriment des nations les moins performantes.

Les néo-marxistes partagent  ce point de vue, mais pour eux il traduit la volonté délibérée d’exploitation des pays pauvres par les pays riches. Les pays capitalistes industrialisés cantonnerainet les pays pauvres dans la production de matières premières ou de biens manufacturés à faible valeur ajoutée. De plus, ils payeraient ces produits en dessous de leur valeur réelle. Une heure de travail d’un ouvrier américain serait échangée contre trois heures de travail d’un ouvrier zaïrois. C’est ce que l’on appelle l’échange inégal.

 

 

B ) L’ACTUALISATION DE L’APPROCHE DE RICARDO :

 

La thèse de Ricardo a été le fondement des théories du commerce international depuis deux siècles. Elle a bien sûr été actualisée et raffinée. Des économistes ont montré que loin de se faire entre pays très différents, l’essentiel des échanges se fait entre pays relativement voisins par les niveaux de développement.

Les hypothèses ricardiennes ont fait l’objet de critiques : la mobilité du travail et du capital sont aujourd’hui une réalité incontournable. La multinationalisation montre que la recherche de la dimension et des économies d’échelle peut l’emporter sur la spécialisation. Mais sur le fond, l’approche de Ricardo reste pertinente : c’est encore le coût relatif du travail qui est un facteur déterminant des échanges aujourd’hui.

De plus, l’essentiel de la compétitivité se fait aujourd’hui non par les prix et les coûts mais par la qualité du service, la capacité à se positionner et à se rapprocher du consommateur que l’on connaît mieux lorsque l’on délocalise la production.

Si pour Ricardo le prix du bien est l’élément essentiel de la compétitivité, les analyses contemporaines montrent que la compétitivité hors prix ( qualité, diversité, service après-vente, délais de livraison…) joue également un rôle important.

L’hypothèse de rendements d’échelle constants n’est plus aujourd’hui conforme à la réalité. Un pays ou une entreprise de grande taille a des coûts de production plus faibles qu’une entreprise ou un pays de petite taille. La production de masse permet de faire des économies d’échelle Selon l’économiste Paul Krugman, on passe d’une logique d’avantages comparatifs à une logique d’avantages compétitifs.

 

Revoir les analyses de F.List, du modèle HOS, De P.Krugman.